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Vu le soir des européennes à Strasbourg, dans les couloirs du parlement européen transformé en annexe de la mairie de Strasbourg pour la publication des résultats: l’eurodéputé FN Bruno Gollnisch, s’enfilant une série de verres de sylvaners. “Je ne sais pas pourquoi je bois, car je ne sais pas si je suis élu ou pas. Si je suis élu, je bois à mon succès. Si je ne le suis pas, je bois à mon départ”, plaisantait-il devant les journalistes, non loin du très sélect bar des députés transformé pour l’occasion en bar populaire.
Plus tard dans la soirée, le résultat tombe: 7,62 % des voix pour Bruno Gollnisch. Au journaliste qui le lui annonce, il ne cache pas sa déception. Mais il ne sait toujours pas si cela lui permet de passer le cap, car le système de distribution des restes à la proportionnelle est bien compliqué. Tout dépend des résultats des autres. “J’attendais que vous me l’annonciez”, répond-il au journaliste qui lui demande comment interpréter ce résultat. Pessimisme ? Déception ? Le voilà ensuite qui s’en prend à ceux de ses partisans qui ont cru bon de protester par l’abstention : “Beaucoup de gens qui partagent nos idées ont pensé sottement qu’ils contestaient le système en restant chez eux”. Les sots… Il s’empresse ensuite de préciser : “Mais ils y ont été conduits. C’est exactement ce que souhaitaient les tenants du système…”
Puis il souligne: “pour ma part, si je ne siège plus au Parlement européen, j’ai toujours moyen de gagner beaucoup plus en me reconvertissant dans le civil”, contrairement à tous ces abstentionistes victimes de la crise et de l’Europe qui “continue de détruire les frontières, d’augmenter le chômage et les délocalisations”.
Puis vient le coup de grâce: “Que tous ces gens-là s’en prennent à eux-mêmes”.
Le lendemain, après avoir appris qu’il était quand même réélu, l’eurodéputé FN s’est fendu d’un nouveau communiqué pour saluer “les excellents résultats des droites européennes” en Belgique, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, en Autriche en Bulgarie et en Hongrie…

Ce n’est pas trop tôt: un site internet, www.votewatch.eu, réalisé par des chercheurs de la London School of Economics et de l’Université Libre de Bruxelles, permet de vérifier la façon dont les eurodéputés ont voté, et aussi, leur assiduité aux votes en plénière. Bilan: les Autrichiens, les Estoniens, les Finlandais, la Slovénie et la Pologne sont dans le quinté de tête en termes d’assiduité aux sessions de vote… La France ne se situe qu’à la 22ième place sur 27, devant Belgique, Bulgarie, Suède, Roumanie et Italie.
Le titre de député le moins assidu de tous ceux qui ont siégé durant l’ensemble de la législature 2004-2005 est décerné au souverainiste français Philippe de Villiers, suivi de l’eurosceptique britannique Robert Kilroy-Silk.
Ce dernier est par ailleurs champion hors pair en ce qui concerne le nombre de questions écrites (souvent stupides) déposées: 1921 questions en cinq ans, dont l’une des plus pertinentes est sans doute la suivante: “Quelles mesures la Commission prend-elle pour éviter que l’on sente à Londres l’épandage des fumures effectué en Allemagne ? “
La chef de la délégation des UMP français au groupe conservateur PPE, Margie Sudre, et le vice-président (Verts) Gérard Onesta, ainsi que le conservateur grec Manolis Mavrommatis, sont de leur côté les trois eurodéputés à pouvoir se targuer de 100% de présence aux sessions de vote sur l’ensemble de la législature.
Ironie du sort, aussi bien Margie Sudre que Gérard Onesta ne se représentent pas aux élections. La première a décidé de jeter l’éponge après avoir été écartée par l’Elysée de la tête de liste UMP pour l’outre-mer. Quant à Gérard Onesta, parfois surnommé “Réglo-nesta” par ses petits camarades, il a décidé de redevenir architecte urbaniste après de longues années passées (entre autres) à lutter contre les petites combines des députés peu scrupuleux: il a notamment été l’un des architectes des nouvelles règles en matière de statut des assistants parlementaires.
Reste un petit regret: le site, par ailleurs très complet, qui permet aussi (et surtout), de vérifier de quelle façon les eurodéputés ont voté, ne compile pas les statistiques de présence en commission parlementaire. Car, en dehors des sessions de vote en plénière, une grande partie du travail parlementaire a aussi lieu dans les commissions parlementaires. Et là, les statistiques de présence en disent aussi long sur l’assiduité de certains… Mais pour les compiler, il faudrait se livrer à l’épluchage des registres de présence de toutes les commissions parlementaires, ce qui est un travail somme toute bien fastidieux.
Au moins, les chercheurs de la LSE et de l’ULB auront-ils réussi à publier avant les élections européennes cette compilation de données publiques. Le Parlement aussi s’était engagé à le faire, et s’y est finalement résolu le 14 mai, après moult tergiversations. Mais les données publiées, là aussi, ne concernent que les présences en plénière…

Lundi, le ministère de l’intérieur diffusait une chronologie officielle du drame de l’hôtel Ibis à Strasbourg, expliquant que le quartier a été sécurisé en moins d’une demi-heure après l’alerte des forces de police. Le minutage diffusé par l’Intérieur est établi selon les communications radio de la police et des pompiers:
- 13H54: la police est alertée lorsque des caméras montrent l’arrivée des Black Blocks dans ce quartier.
- 13H59: confirmation du début de la casse.
- 14H13: le feu éclate à l’hôtel Ibis, appel aux pompiers.
- 14H18: les CRS arrivent sur place, le hall et les abords de l’hôtel sont sécurisés. Plusieurs policiers, de la brigade anticriminalité (BAC), de la police judiciaire et de la Brigade équestre étaient présents dans l’hôtel où ils étaient hébergés. De service la nuit précédente, ils se trouvaient en repos.
- 14H20: rappel aux pompiers: “vous pouvez venir, secteur sécurisé”.
- 14H46: arrivée des pompiers.

Fort bien. Mais il est faux d’affirmer que la police découvre l’arrivée des Black Blocks dans le quartier à 13H54. Les mêmes militants cagoulés jetaient déjà des pierres sur une compagnie de CRS qui bloquait le pont Vauban depuis environ 10H45.
Et quand les CRS décident de se replier sur les côtés au bout d’une heure et demie d’affrontements, à 12H15, pour les laisser passer, les fonctionnaires ne peuvent que constater que ce sont plusieurs centaines de militants cagoulés prêts à en découdre qui défilent devant eux en direction du quartier du Port du Rhin et de Pont de l’Europe, situé au bout de la rue, 1,8 km plus loin.

A la frontière allemande, la police allemande postée au milieu du Pont de l’Europe découvre elle aussi bien avant 13H54 que plusieurs centaines de vandales cagoulés ont pris possession du quartier. Elle leur adresse au moins trois messages par haut-parleur dès qu’ils commencent à détruire l’une de leurs premières cibles, l’ancien poste-frontière. Dans un premier avertissement, la police annonce aux manifestants que s’ils ne se replient pas, elle va devoir faire usage de lances à eau et de matraques contre eux. Mais il n’y aura pas d’intervention policière allemande au final. D’après Reiner Wendt, du Syndicat allemand de la police (DPolG), “il y a eu des offres d’aide de la part de la police allemande aux collègues français, mais qui ont été déclinées”.

Je n’ai noté l’heure exacte que du deuxième avertissement par haut-parleur de la police allemande: 13H12. A 13H12 donc, la police allemande enjoint les manifestants de cesser de s’en prendre “au poste de police” (car l’ancien poste-frontière abritait jusqu’à peu des bureaux de la Police des airs et des frontières (PAF), et leur précise que le saccager “constitue un délit puni par la loi allemande”. A ce moment-là, il doit déjà être possible de constater avec des jumelles que des flammes s’élèvent du bâtiment. En effet une des premières choses que les casseurs ont fait après avoir brisé les premières vitres a été d’y mettre le feu et vers 13H12, ils étaient déjà à l’oeuvre depuis une demi-heure.

Et pourtant. Ce n’est qu’à 14H46 que les pompiers pourront intervenir sur place… Commentaire de Reiner Wendt: “à l’avenir, il faudrait que l’on considère ce genre d’interventions transfrontalières comme une intervention unique, avec un commandement unique, plutôt que d’avoir une structure de commandement dans chaque pays”. Pardon ? Les 26.000 forces de l’ordre mobilisées des deux côtés du Rhin n’avaient pas de structure de commandement commune ? Eh bien non. Décidément, pour Nicolas Sarkozy et Angela Merkel qui voulaient faire de ce sommet de l’Otan binational un beau symbole de la coopération européenne, c’est réussi.

Au sommet de l’Otan à Strasbourg, les forces de l’ordre “ont fait un travail absolument remarquable”. La preuve, c’est qu’il n’y a eu là “à déplorer aucun mort, et même aucun blessé parmi les manifestants”. Et il enfonce le clou: “Je veux dire mon soutien aux forces de l’ordre qui ont travaillé avec calme, avec maîtrise” et ont “fait preuve d’une grande organisation”. C’est un ancien ministre de l’Intérieur devenu président de la République qui s’exprime sur TF1. Un expert, en somme : Nicolas Sarkozy.  Pas de blessés chez les manifestants, vraiment ? Le bilan officiel transmis par les services de l’Etat aura quand même été de 49 blessés, dont 15 policiers et pompiers. Soit 34 blessés, certes légers, parmi les manifestants.

Mais le débat n’est vraiment pas là.  On ne va pas chipoter sur le nombre de personnes indisposées par des gaz lacrymogènes, ou de bras cassés chez les policiers. La question est plutôt de savoir si les 26.000 forces de l’ordre mobilisées des deux côtés du Rhin pour assurer la sécurité du sommet de l’Otan de Strasbourg-Kehl-Baden-Baden ont réellement fait preuve d’une organisation “remarquable”.

Les forces de l’ordre ont effectivement été très efficaces pour:

- assurer la sécurité du sommet officiel à grand renforts d’hommes grenouille, de tireurs d’élite et de barrages policiers

- isoler les 28 chefs d’Etat et de gouvernement et leurs épouses et époux respectifs du commun des mortels

- permettre à 600 militants UMP de participer à un “bain de foule” avec MM. Sarkozy et Barack Obama

- imposer des badges (en constituant à la va-vite un fichier “sans fondement légal”, selon l’appréciation du tribunal administratif) à près de 40.000 Strasbourgeois,

- arracher les quelques drapeaux arc-en-ciel pacifistes qui risquaient de troubler la vue de MM. Sarkozy et Obama lors de leur entretien en tête-à-tête au Palais des Rohan, en invoquant des raisons de sécurité (“ils auraient pu cacher une arme”, dixit un responsable policier)…

Pour ce qui est des manifestations, le bilan est plus mitigé. Reprenons.

Il est 4H40 du matin samedi quand des centaines de manifestants répondant à l’appel du collectif “www.block-nato.org” quittent le camp autogéré de la Ganzau pour se disperser dans les rues de Strasbourg. La plupart sont aussitôt stoppés par des barrages policiers qui les empêchent de progresser dans les zones de sécurisation “rouge” et “orange”. Quelques centaines parviennent néanmoins à organiser un sit-in pacifique à l’angle de l’avenue des Vosges et de l’avenue de la paix.

Aux différents barrages de police, les manifestants s’accumulent au cours de la matinée, régulièrement tenus à distance par endroits par des tirs de grenades lacrymogènes.

L’accès au champ de foire Desaix, point de rassemblement de la manifestation officielle aurait dû être possible dès 10 heures du matin. Mais le programme officiel a pris du retard et c’est pourquoi le pont Vauban, principal point d’accès par lequel les manifestants devaient arriver, reste bloqué par un barrage de CRS à la hauteur de la route du Havre.

Devant le barrage, quelque 500 manifestants rongent leur frein, sans cesse rejoints par de nouveaux groupes.

Les manifestants sont bientôt plus de 3.000. L’ambiance est d’abord pacifique. Un Allemand sort sa guitare et se met à chantonner “Peace for your sister” à un mètre des forces de l’ordre.

Mais vers 10H45, une poignée de manifestants encagoulés parvient à déplacer des barbelés et la police réplique à coup de grenades lacrymogènes: c’est parti pour une heure et demie d’échauffourées.

Tout y passe: on arrache des panneaux de circulation, qui servent de boucliers, les barres de fer et les cailloux, et même des cocktails Molotov, volent en direction des policiers qui répliquent par des grenades lacrymogènes.

Derrière les policiers, un manifestant invalide assiste à la scène, appuyé sur ses béquilles. Les policiers l’ont laissé derrière eux quand ils ont avancé leur barrage de quelques dizaines de mètres en direction des manifestants. “J’ai un peu peur”, me confie-t-il. Il s’appelle Marco et dessine des cartes postales qu’il vend pour 30 centimes pièce, sur le thème de la paix dans le monde.

De l’autre côté du barrage de police, ça chauffe de plus en plus. Les jets de pierre s’intensifient… Puis d’un coup, la police se replie sur les côtés: il est midi quinze. Au milieu des gaz lacrymogènes émergent alors quelques centaines de militants masqués, d’abord méfiants, qui finissent par s’aventurer en avant les bras levés en signe de victoire.

Aux cris de “Révolution ! Révolution”, un cortège de plusieurs milliers de personnes les suit et progresse, cette fois sans accompagnement policier, sur le kilomètre 800 qui les sépare du Pont de l’Europe.

Au passage, une station-service est pillée, certains s’en prennent aux abribus et aux panneaux.  Puis, au lieu de bifurquer vers le parking Desaix, le cortège se rend aussitôt sur le Pont de l’Europe, où un assemblage hétéroclite de membres des “Black Block”, du groupuscule “No Border”,  et même quelque skinheads berlinois et des militants kurdes ou pro-palestiniens descellent les mâts de drapeaux, puis attaquent et incendient l’ancien poste de douanes heureusement désert: il est 12H40, peut-être, quand les premières flammes commencent à se répandre derrière ses fenêtres brisées.

Le mobilier est vidé, dont un ordinateur, des pneus sont découverts en contrebas sur le parking destiné aux contrôles douaniers des poids-lourds, ainsi que deux poubelles en métal. Voyant les pneus, un manifestant cagoulé s’exclame: “Oh that’s perfect”! Et le tout vient s’accumuler sur une barricade improvisée au début du pont de l’Europe.

“C’est pas nous qui bloquons le pont, c’est eux”, affirme avec aplomb un manifestant masqué en désignant le barrage des policiers allemands, au milieu du pont.

Côté allemand, 7.000 manifestants attendent en effet de pouvoir traverser le Rhin pour rejoindre le point de départ de la grande manifestation.

Par haut-parleurs, la police allemande appelle les manifestants au repli mais n’intervient pas. Dans un premier message diffusé en allemand, elle menace même de recourir à des matraques et des lances à eau si les manifestants ne se replient pas. Mais dans les deux avertissements suivants, elle se contentera de rappeler aux manifestants qu’ils se rendent coupables de “délits”.

Il semble, à en croire le président du syndicat de la police allemande, Reiner Wendt, que la police française ait à ce moment à plusieurs reprises décliné des offres d’aide de leurs collègues allemands.

Pendant ce temps donc, les flammes deviennent de plus en plus grandes au poste frontière.

“C’est une occasion rare de voir de près un incendie”, commente, goguenard, Jean-Luc, déguisé en clown, en regardant les volutes de fumées. A côté de lui, Céline, elle aussi grimée, précise “comprendre, sans pour autant cautionner”, les casseurs.

“Si ce déploiement policier n’était pas aussi agressif, on n’en serait pas là”, ajoute Jean-Luc.

Un militant encagoulé affirme de son côté, pour justifier le pillage de la station-service auparavant:  ”Les pétroliers, c’est des capitalistes, ils pillent le peuple, c’est pour ça qu’on les pille”.

La barricade sur le pont finit de se consumer quand on apprend que l’hôtel Ibis voisin est en flammes. Puis c’est au tour d’une pharmacie.  Une chapelle, au passage, est saccagée, sans que la police française ne montre le bout de son nez.

Un confrère voit le personnel de l’hôtel Ibis se réfugier d’abord au premier étage, pendant qu’une noria de casseurs s’organise pour piller le mobilier. Une caméra de surveillance est neutralisée, suscitant une clameur de victoire dans la foule des casseurs.

 Une quinzaine de jeunes cagoulés, accompagnés d’adolescents du quartier, se servent au passage en bouteilles au bar de l’hôtel, toujours selon mon confrère.

Il est 14H35 selon mon confrère* quand, dans un nuage de grenades lacrymogènes, la police française débarque enfin en force. En première ligne: des policiers en civil, porteurs de lance-grenades lacrymogènes, vêtus pour l’un d’un T-Shirt “Lonsdale” (très en vogue dans les milieux d’extrême droite) ou pour d’autres de T-Shirts noirs, le visage masqué par des bandanas.

Pendant ce temps, tant bien que mal, des milliers de manifestants pacifiques s’ébranlent dans une sorte de fuite en avant pour éviter les nuages de gaz.

Mais le cortège sera coupé en plusieurs endroits par des barrages policiers. Vers 16h45, quand la manifestation arrive à son terme, des milliers de personnes se retrouvent prises entre forces de l’ordre et “Black Block”.

Finalement, les forces de l’ordre laissent les manifestants se disperser en traversant une voie de chemin de fer, enjambant des waggons de fret rouillés pour rejoindre un sentier qui passe par des jardins ouvriers, situé à l’écart des grands axes.

“On était coincés: CRS devant, CRS derrière, et au milieu 300 gars violents”, déplore Djamila Sonzogni, porte-parole nationale des Verts français, au milieu des milliers de manifestants qui quittent le terrain.

“Rien ne s’est passé comme prévu, les Black Block ont été maîtres du terrain dès le départ”, constate amèrement, à ses côtés, un conseiller régional écologiste, Jacques Fernique.

Dans un communiqué, le Mouvement de la Paix, organisateur de la manifestation, va encore plus loin: il accuse les autorités de s’être rendues coupables de non assistance à personne en danger en coinçant des milliers de manifestants pacifiques dans un étau entre forces de l’ordre et manifestants violents.

A défaut d’assurer la sécurité des manifestants, le travail des forces de l’ordre aura permis au moins un chose:  ”casser” dans tous les sens du terme la contestation anti-Otan en transformant la grande manifestation internationale en un véritable fiasco. Etait-ce l’enjeu caché de la stratégie policière dans cette affaire ? Personnellement, je pencherai plutôt pour la thèse d’une direction obsédée par la priorité de ne pas laisser s’échapper le moindre manifestant en direction du centre-ville de Strasbourg. Au risque de sacrifier un quartier et de mettre en danger des milliers de manifestants pacifiques.

*: personnellement, je ne me souviens plus de l’heure exacte de l’intervention de la police, à laquelle j’ai assisté. Le ministère de l’Intérieur prétend qu’elle a eu lieu à 14H20.

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Goodies

Quelque 3.000 journalistes sont accrédités pour le sommet de l’Otan. Chacun reçoit, comme à chaque sommet international, un petit sac de “goodies”, ces cadeaux promotionnels, toujours plus ou moins bien inspirés.
Celui du sommet de l’Otan de Strasbourg-Kehl 2009 est particulièrement fourni.

Il y a entre autres….

- des oursons haribo du Ministère allemand des affaires étrangères:


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Nato Haribo

- Un beau livre offert par la communauté urbaine de Strasbourg montrant la capitale alsacienne photographiée du ciel par le photographe Frantisek Zvardon…


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Strasbourg vu du ciel

- Un “Hub” USB et une clé de 2 Giga USB aux couleurs de l’Otan (à part le logo pas très sexy, c’est probablement le “goodie” le plus utile de tout le sac…)


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Hub USB

- un DVD sur la “stratégie de défense nationale” de la France, et un autre contenant un obscur documentaire de 50′, datant de 1996 (!!!), sur l’écrivain français Jean-Marie Le Clézio (mais où ont-ils donc été fouiller pour trouver un tel goodie ?!). Désolé, je n’ai pas eu le courage de photographier ces DVD.

- mais la palme du goodie raté revient sans nul doute à cette plaquette brillante contenant une vingtaine de reproductions de photos de l’Alsace vue par Zvardon (encore lui) sur papier bristol, prêtes à être encadrées… offertes par le conseil général du Bas-Rhin et la Région Alsace. Des reproductions qui orneraient très bien un gîte rural ou la chambre d’un hôtel, mais probablement pas les murs d’un journaliste qui va de sommet en sommet. En tout cas, je ne sais pas quoi en faire. Si ça intéresse quelqu’un, faites-moi signe.

Plaquette inutile

Plaquette inutile des collectivités locales alsaciennes

…ADDITIF DU 2 avril: Et comme des confrères viennent de me le signaler, ceux qui s’accréditaient jeudi matin, au deuxième jour du retrait des accréditations, ont également droit à un superbe parapluie blanc, avec le logo du sommet de l’Otan thermo-collé dessus. Probablement difficile à enlever… Parions qu’il n’y aura pas beaucoup de valeureux confrères qui oseront se balader avec leur nouveau pépin dans les rues de Strasbourg !!!

Drapeau "Pace" sur un balcon de Strasbourg

Drapeau "Pace" sur un balcon de Strasbourg

Vanessa, 27 ans, est membre du comité anti-Otan. Elle se promène depuis quelques jours dans les rues de Strasbourg avec un drapeau “PACE”, ces drapeaux de la paix arc-en-ciel, accroché autour du cou comme une cape.
Mais c’est curieux, quand elle se promène ainsi dans la rue, les policiers n’arrêtent pas de lui demander son identité. Même le journaliste qui, calepin en main, lui pose quelques questions dans le quartier de l’Esplanade (loin, très loin des zones rouges et orange mises en place à l’occasion du sommet de l’Otan) se voit exiger de présenter sa carte de presse.
Etrange pratique car en général un contrôle administratif d’identité ne peut être motivé que dans le cas d’un risque d’atteinte à l’ordre public, et il y a de quoi s’interroger sur le risque que peut bien faire peser un journaliste sur l’ordre public.  Un confrère caméraman a eu des problèmes similaires.
Vanessa distribue aussi ses drapeaux à la population en échange de dons, dans les rues ou sur les marchés de la capitale alsacienne. Son rêve: les voir fleurir au maximum de balcons de Strasbourg. Mais quand elle s’installe sur les marchés, elle a droit a un joli cordon de sécurité d’une quinzaine de fonctionnaires de police autour d’elle, et seuls les quidams les plus courageux viennent vers elle.
Un de ses amis, Yannick, 36 ans, a accroché le drapeau arc-en-ciel à la remorque de son vélo, celle dans laquelle il promène son gamin.
“Je le ramenais de l’école à vélo la semaine dernière quand j’ai été stoppé sur une piste cyclable par un véhicule de police toutes sirènes hurlantes”, raconte-t-il. “Ils m’ont accusé d’avoir tenté de fuir. Mais je ne pensais pas que c’était pour moi qu’ils avaient déclenché les sirènes… Ils m’ont aussi dit que c’était illégal” d’arborer ce drapeau. Dans les 24 heures qui ont suivi, il s’est fait contrôler deux autres fois.
Toujours est-il que les drapeaux de la paix se vendent bien à Strasbourg. Vanessa et ses amis en ont écoulé un premier lot de 400 en quelques jours la semaine dernière. Un deuxième lot de 400 est en cours d’écoulement. Et un troisième lot de 400 a été commandé.
La raison de ce succès ? La médiatisation, la semaine dernière, des visites de la police chez des particuliers qui l’avaient affiché à leurs fenêtres. “Soit vous le retirez, soit on vous le retire”, auraient-ils dit au fils de Christian Grosse, militant communiste, qui l’avait accroché à sa fenêtre.
Devant le tollé suscité par l’affaire (la loi interdit aux policiers d’entrer au domicile d’un particulier sans mandat d’amener ou mandat de perquisition), la préfecture a affirmé n’avoir jamais “donné de consignes aux policiers” en ce sens.
Quant au maire de Strasbourg, Roland Ries, il a estimé que l’ordre intimé à des Strasbourgeois de retirer de leurs fenêtres le drapeau arc-en-ciel n’était “pas acceptable”.
Dont acte. Reste que Vanessa dit avoir eu vent d’autres intimidations, postérieures aux réactions de la préfecture et de la mairie. L’affaire est examinée mardi après-midi au tribunal administratif de Strasbourg.*

* Additif du 8 avril : Et le tribunal a conclu au rejet de l’affaire en arguant que le requérant qui l’avait portée devant lui était un guignol qui se prenait pour le président de la Polynésie française sans réelle attache à Strasbourg, après avoir reçu les assurances de la représentante de la préfecture du Bas-Rhin que seul un acte isolé d’un fonctionnaire de police a pu conduire à une telle intervention, qu’une circulaire “très claire” a été rédigée pour que cela ne se reproduise pas… 

Additif : les directives se sont traduites, le vendredi du sommet, par une nouvelle pratique policière: au lieu de sonner chez les gens et de risquer de se casser le nez sur un citoyen conscient de ses droits, les policiers ont tout simplement… arraché eux-mêmes en catimini les drapeaux, au moins ceux qui risquaient de troubler la vue de MM. Sarkozy et Obama lors de leur entretien au Palais des Rohan. Motif invoqué par la police: “raisons de sécurité”. Ils auraient pu cacher des armes, a expliqué un porte-parole de la police.

Kathrin* habite Strasbourg avec son mari français et leurs deux filles. Elle fait partie de ces jeunes mères allemandes installées côté français, qui savent que l’huile d’olive et les produits d’entretien sont moins chers dans les supermarchés de Kehl. Sauf que maintenant que les contrôles aux frontières ont été rétablis à l’occasion de la venue du sommet de l’Otan, elle a renoncé à faire ses courses à Kehl pour deux semaines.
L’autre jour, elle a eu un appel de son amie Jutta*, qui habite côté allemand et vient d’accoucher d’un beau petit garçon. Jutta voulait lui proposer de venir admirer le marmot et d’aller faire un saut au Spielplatz du jardin des deux Rives, celui côté allemand, qui est quand même un peu mieux équipé que les terrains de jeux français.
Mais les bouchons à la frontière ne convenaient pas au timing serré de Kathrin, qui a proposé à Jutta de venir plutôt faire un saut à Strasbourg. Or Jutta n’a pas encore de papiers pour son nouveau-né… Et comme il y a ces satanés contrôles aux frontières, elles ont fini par reporter leur rendez-vous… après l’Otan.
Kathrin a aussi une autre amie, Véronique*, qui est enceinte jusqu’au cou et approche de son terme.
Véronique n’a qu’une crainte: comment faire si le bébé s’annonce au moment du sommet ? Elle habite près de la gare et sa maternité se trouve à Schiltigheim. Entre les deux, une autoroute qui sera coupée, des transports en commun perturbés, et la zone rouge d’accès restreint autour du Palais des congrès, centre névralgique du sommet de l’Otan. La solution, explique Véronique: “J’accoucherai… après l’Otan”.

*: (noms changés par la rédaction)

Quelque 28* chefs d’Etat et de gouvernement sont attendus les 3 et 4 avril au sommet de l’Otan de Strasbourg, Baden-Baden et Kehl. La capitale alsacienne sera en état de siège du jeudi 22h00 au samedi 16h00, avec quelque 30.000 à 60.000 manifestants de quelque 500 collectifs de 23 pays attendus pour un contre-sommet. Interdictions de stationner le long de certains axes, entraves à la liberté de circulation et obligation pour des milliers d’habitants des deux zones rouge et deux zones orange d’être en permanence munis de leur badge spécial Otan et de leur carte d’identité….
Les autorités n’auront pas lésiné sur les mesures de sécurité.
Côté allemand, 14.600 policiers ainsi que 600 soldats et personnels civils de l’armée seront mobilisés, ont annoncé depuis longtemps les autorités allemandes. Samedi, le ministère français de l’Intérieur vient de lâcher le chiffre de …4.400 CRS et gendarmes mobiles, auxquels s’ajouteraient 200 membres des unités d’élite de la police et de la gendarmerie. Ou alors les Français tirent vraiment bien leur épingle du jeu en ne fournissant qu’un quart des forces de l’ordre mobilisées, ou alors ils ne disent pas tout… dans la bonne vieille tradition du secret d’Etat, très cultivée de ce côté-ci du Rhin**.
Le ballet des chefs d’Etat et de gouvernement aurait d’ailleurs pu être cantonné à Kehl et Strasbourg, mais il a fallu rajouter Baden-Baden, à la suite d’un caprice du chef de l’Etat français, indique une source allemande bien informée. Ce dernier trouvait incongru l’idée proposée par la chancelière allemande Angela Merkel d’organiser un dîner de gala dans une grande tente au bord du Rhin. Non, il fallait bien un cadre un peu plus festif, a rétorqué l’Elysée, et c’est pourquoi les Allemands ont été contraints de revoir leur copie et de leur proposer de déplacer une partie du sommet dans la ville thermale de Baden-Baden, un peu plus “classe” que la rive allemande du Rhin à Kehl.
Autre absurdité: la mise en place d’une zone rouge et d’une zone orange avec barrages filtrants autour de la cathédrale pendant la durée du sommet, qui ne servira au final qu’à une rencontre des first ladies et à un entretien bilatéral entre Nicolas Sarkozy et Barack Obama sous les ors du Palais des Rohan, en lieu et place d’un déjeuner des chefs d’Etat et de gouvernement qui a finalement été annulé. Rien que pour cela, des milliers de citoyens ont été badgés et auront du mal à quitter leur domicile ou à y accéder.
Mais la plus grande absurdité de ce sommet qui doit célébrer les 60 ans de l’Alliance atlantique, c’est bien de créer l’état d’urgence dans trois villes qui n’y sont a priori pas préparées, alors qu’il aurait sans doute été plus simple que ces messieurs-dame se rencontrent… à Bruxelles, au quartier général de l’Otan.
Mais non, on a préféré rapprocher l’Otan des gens, faire l’honneur à la population locale d’accueillir l’Otan. Selon les mots du maire (PS) Roland Ries, accueillir le sommet est “une chance” pour la ville et sa population. Cette dernière peste déjà contre les mesures de sécurité, les perturbations de circulation, subit les marchés annulés, les fermetures de commerces, de cabinets médicaux, la fermeture des écoles (22.000 élèves interdits de maternelle le vendredi) et de l’université (40.000 étudiants privés d’université pendant 10 jours) qu’impose la venue des grands de la planète… Sans parler des dégâts que risquent de causer dans la ville les contre-manifestations ! Nicolas Sarkozy et Angela Merkel voulaient faire un symbole en choisissant Kehl et Strasbourg. C’est réussi.

*Outre les délégations nationales des 26 Etats membres de l’Otan, participeront également à ce sommet celles de l’Albanie et de la Croatie, qui devraient officiellement faire leur entrée dans l’Otan à l’occasion du sommet.
**Additif du 30 mars: en visite à Strasbourg, la ministre française de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, a finalement parlé de quelque 10.000 forces de l’ordre côté français. C’est toujours moins que côté allemand, et sûrement encore sous-estimé par rapport à la réalité, mais c’est déjà un peu plus crédible…

“Je me suis borné à dire que les chambres à gaz étaient un détail de l’Histoire de la guerre mondiale, ce qui est une évidence”. (Huées dans l’hémicycle). Fin de citation. Jean-Marie Le Pen, fondateur et chef de file du Front national, a réitéré une nouvelle fois mercredi devant le Parlement européen une tirade qui lui a valu moultes condamnations, mais aussi moultes reprises dans la presse, depuis qu’il l’avait prononcée une première fois en 1987 sur une radio française. Puis en 1997, ou encore en 2008, entre autres.
Vieille recette est toujours bonne à ressortir du tiroir, semble être l’adage de l’élu frontiste, qui fêtera ses 81 ans en juin 2009 et se représente cette année aux élections européennes, comme il le fait régulièrement depuis 1984.
Pendant que déferlait en France et ailleurs en Europe une nouvelle vague d’indignation à l’encontre du vieux provocateur, un homme jubilait dans les couloirs du Parlement: l’Allemand Martin Schulz, président du groupe socialiste (PSE). C’est lui qui a poussé M. Le Pen à ce nouveau dérapage, lui, l’homme qui s’était déjà acquis une réputation internationale instantanée cinq ans plus tôt, quand le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi l’avait traité en plein hémicycle de “kapo”.
Car les déclarations de Jean-Marie Le Pen s’inscrivaient en réponse à ce que l’élu d’extrême droite considérait comme des “accusations diffamatoires” et “mensongères” de la part de Martin Schulz: la veille, mardi, le chef du PSE avait proposé de modifier le réglement intérieur du Parlement européen afin d’éviter qu’un “négationniste de l’Holocauste”, un “vieux fasciste” puisse être amené à présider le 14 juillet prochain la session inaugurale du nouveau Parlement issu des élections de juin.
Jean-Marie Le Pen a en effet de fortes chances de devenir le doyen d’âge de la nouvelle assemblée, et à ce titre, d’en présider la session inaugurale, comme le prévoit l’actuel règlement. Le doyen actuel, le socialiste italien Giovanni Berlinguer, de quatre ans son aîné, ne se représente pas…
Certes, le doyen du Parlement européen n’a plus le droit de tenir de discours. Il l’a perdu au lendemain du scandale provoqué par… un autre doyen élu sur une liste du Front National, l’ex-cinéaste français Claude Autant-Lara, en juillet 1989. Ce dernier avait tenu des propos si choquants qu’une grande partie de l’hémicycle s’était levée pour quitter la salle.
Mais même l’idée d’un Le Pen muet, se contentant de superviser l’élection du nouveau président de l’assemblée, semblait déplacée aux yeux de Martin Schulz.
Au départ, mardi, le groupe socialiste n’avait reçu que le soutien des Verts à sa proposition de modifier le règlement. “Nous avons toujours été pour”, avait alors assuré leur co-président Daniel Cohn-Bendit, précisant qu’il trouvait la règle du doyen “ringarde”. Et les Verts de proposer de remplacer le doyen par le ou la “plus jeune des eurodéputé-e-s élu-e-s”.
Du côté des conservateurs du PPE, l’accueil était encore très réservé mardi. Joseph Daul, leur chef de groupe, avait promis “d’analyser” la proposition sans bien s’avancer, tandis que l’UMP Alain Lamassoure se disait clairement contre une modification “de circonstance” du règlement.
Un point de vue partagé par Graham Watson, le chef de file des libéraux, qui ne voyait, mardi encore, “aucune raison de traiter Jean-Marie Le Pen différemment d’autres, même si je déteste sa politique”. S’il devient doyen, “ce sera en ayant respecté les règles” et ce sera “aussitôt oublié”, avait alors affirmé M. Watson.
D’abord peu créditée de chances de succès, donc, la proposition de Martin Schulz a fini par s’imposer mercredi parmi les autres groupes après le dérapage de M. Le Pen: en quelque sorte la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.
“Les propos négationnistes de M. Le Pen, réitérés dans l’enceinte du Parlement européen, le disqualifient pour présider, ne serait-ce que pour une seconde, notre institution à l’ouverture des travaux de la prochaine législature”, a finalement tranché mercredi Joseph Daul.
Quand ce dernier a évoqué le sujet lors de la réunion régulière des présidents de groupe à huis clos, jeudi matin, plus une voix ne s’est élevée contre l’idée de modifier le règlement. Pas même les libéraux, qui ont fini par se faire à l’idée de renoncer à la règle du doyen, pour adopter une autre solution semblable à ce que pratiquent déjà d’autres Parlements nationaux.
Il s’agirait d’appliquer des critères “plus institutionnels” que ceux de l’âge, pour que la session inaugurale puisse être par exemple présidée par le président sortant s’il est réélu, ou l’un des vice-présidents sortants, selon un participant à la réunion.
L’idée lancée par les Verts, séduisante au premier abord, de remplacer le doyen par le benjamin était en effet tout autant risquée: qu’aurait-on dit si cette règle avait permis à un militant du Vlaams Belang, le parti belge flamand d’extrême droite, d’accéder au perchoir ?!
La modification du règlement du Parlement est donc engagée pour barrer la route à Le Pen et pourrait opportunément être votée en avril à la faveur de l’examen du rapport Corbett, déjà dans les tuyaux, qui serait simplement amendé dans le sens voulu par les grands groupes politiques.
Mais ce n’est pas tout : le dernier dérapage de M. Le Pen pourrait aussi lui valoir de nouvelles poursuites judiciaires, comme l’a promis l’eurodéputé UMP Patrick Gaubert, par ailleurs président de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme, qui a aussitôt annoncé examiner la possibilité de poursuites, et a réclamé la levée de l’immunité parlementaire de M. Le Pen.
Enfin, l’affaire pourrait enfin lui valoir d’autres sanctions : celles prévues au règlement intérieur du Parlement.
Son article 9 proclame en effet que “le comportement des députés est inspiré par le respect mutuel, et repose sur les valeurs et principes tels que définis dans les textes fondamentaux de l’Union européenne, préserve la dignité du Parlement”. Et l’article 147 stipule que les contrevenants à ces principes peuvent être sanctionnés.
“Les propos de Jean-Marie Le Pen tombent manifestement sous le coup de cet article. Je demande la tolérance zéro pour le négationnisme au sein du Parlement européen”, a ainsi réclamé le socialiste français Harlem Désir.
Ces sanctions vont du simple blâme à l’exclusion des travaux du Parlement pendant deux à dix jours consécutifs, en passant par la perte du droit à l’indemnité de séjour pour une durée pouvant aller de deux à dix jours.
Le feuilleton n’est donc pas clos.

Nicolas Sarkozy avait promis le “retour de la France en Europe” à la faveur de la présidence française de l’Union européenne. Il s’était rendu entre juillet et décembre à trois reprises au Parlement européen, ne tarissant pas d’éloges envers les eurodéputés et le rôle décisif du Parlement européen dans la démocratie européenne. Mais force est de constater qu’une fois de plus, la France ne semble pas prendre au sérieux l’institution où Allemands, Britanniques, Espagnols, Néerlandais ou même… Luxembourgeois jouent souvent un rôle beaucoup plus important que nos valeureux députés hexagonaux.

“Pour Sarkozy, le Parlement européen était surtout une tribune inespérée à laquelle il n’a pas droit en France en tant que président de la République, mais guère plus. La France continue à avoir une vision intergouvernementale de l’Europe et accorde plus d’importance à la Commission et au Conseil qu’au Parlement”, analyse sous couvert d’anonymat un haut-fonctionnaire européen.

Depuis des années, l’influence française au Parlement européen reste nettement en deçà de celle des autres grands pays européens. A l’origine du problème: une sacrée tendance aux querelles intestines, le peu de considération de la fonction d’eurodéputé en France, un manque réel de motivation à aller siéger à Bruxelles et Strasbourg, mais aussi un trop grand renouvellement des élus français d’une législature à l’autre.

“Les Français sont encore une fois très en retard pour leurs listes”, relève le social-démocrate allemand Jo Leinen. Bouclée depuis l’automne en Allemagne ou au Royaume-Uni, l’élaboration des listes commence à peine au parti socialiste français (PS) et l’UMP de Nicolas Sarkozy n’a annoncé que fin janvier ses têtes de listes.

Résultat: pendant ce temps, “les députés des autres pays discutent entre eux pour se répartir les futurs postes clés”, se désole l’UMP Patrick Gaubert.

“A l’inverse des Allemands, des Britanniques, des Espagnols, des Irlandais ou des Néerlandais, les 78 députés français auraient pu peser beaucoup plus” au cours de la dernière législature, souligne le haut fonctionnaire européen.

Des Français comme Francis Wurtz ou Joseph Daul occupent certes les présidences des groupes communiste et conservateur. Mais le premier doit son poste à sa longévité — il siège là depuis 1979 — tandis que le second doit essentiellement sa position …aux chrétiens-démocrates allemands, remarque sous couvert de l’anonymat un membre du groupe UMP. “Ce sont les Allemands qui l’ont placé là, sans eux il n’y serait jamais arrivé”… Il y a d’ailleurs peu de chances que ces deux groupes aient encore un Français à leur tête après les élections de juin 2009: alors que Francis Wurtz a décidé de ne plus se représenter, Joseph Daul se trouve de son côté en position précaire pour conserver son poste après juin, murmure-t-on dans les couloirs du Parlement.

Au-delà des présidences de groupes, les Français sont particulièrement sous-représentés aux postes clés dans les commissions parlementaires, notamment du côté des présidents de commission ou des coordinateurs. “Une grosse moitié d’entre eux sont là en dilettantes. Pour certains, c’est une rente viagère”, dénonce le haut fonctionnaire.

L’absentéisme chronique des Français est confirmé par Jo Leinen: “On est plus rapidement à Bruxelles en venant de Paris que d’Helsinki, alors beaucoup de Français restent peu. Quand ils cumulent des mandats, on les voit encore moins à Bruxelles”, où a lieu l’essentiel du travail.

La décision du PS d’interdire le cumul des mandats — depuis belle lurette une règle d’or en Allemagne ou en Grande-Bretagne — forcera peut-être ses élus à s’impliquer davantage… Mais les divisions entre courants avaient déjà affaibli les socialistes français en 2004, se souvient Jo Leinen: “Ils étaient la plus grosse délégation nationale parmi les socialistes européens et auraient pu obtenir beaucoup plus, par exemple la présidence du Parlement”. Mais au lieu de l’ancien Premier ministre français Michel Rocard, c’est l’Espagnol Josep Borrell Fontelles qui a emporté la mise…

A l’époque, ils auraient aussi pu prétendre à la présidence du groupe socialiste, souligne le haut-fonctionnaire, mais c’est finalement l’Allemand Martin Schulz qui s’est imposé…

Chez les écologistes aussi, “alors que les Allemands se concertaient régulièrement, les Français étaient un peu des électrons libres et ne sont pas parvenus à peser en tant que délégation” au cours de la législature qui s’achève, observe Isabelle Zerrouk, porte-parole des Verts. Daniel Cohn-Bendit, passé en 2004 sur les listes allemandes, avait déjà à l’époque exprimé sa lassitude face aux “bisbilles” des Verts français. Cette année, il refranchit une nouvelle fois le Rhin pour remettre un peu d’ordre dans tout ça… en ouvrant largement les listes à des candidats issus de la société civile.

A l’UMP, le placement en position éligible de nouveaux venus qui, à l’instar de la Garde des Sceaux Rachida Dati, n’ont pas caché leurs réticences à venir siéger au Parlement, suscite l’amertume des sortants.

“Il est grand temps que l’UMP devienne un parti démocratique”, soupire l’un d’eux sous couvert d’anonymat. Dans d’autres pays à tradition parlementaire forte comme aux Pays-Bas, c’est la base qui décide qui mérite d’être placé en position éligible, mais là, tout a été piloté par l’Elysée. Et les sortants ont l’impression que leur travail des dernières années n’est pas du tout reconnu à sa juste valeur.

Trop de renouvellement au sein des délégations nationales nuit à l’influence d’un pays, estiment certains. Citant en exemple la Luxembourgeoise Astrid Lulling, qui, du haut de ses bientôt 80 ans, a une longue carrière parlementaire derrière elle et est aujourd’hui un influent questeur au Parlement alors qu’elle est issue d’un pays qui ne compte que quatre élus dans l’hémicyle, Margie Sudre plaide: “Ici au Parlement, la longévité n’est pas une ringardise, c’est un savoir-faire reconnu”.

Margie Sudre, chef de la délégation française chez les conservateurs européens pendant neuf ans, vient de jeter l’éponge après avoir été recalée en 3e position de la liste UMP pour l’Outre-mer, y voyant un “désaveu” de son travail.

Alain Lamassoure, lui aussi relégué en 3e position dans le Sud-Ouest, juge “hallucinant qu’il y ait des gens qui ont l’impression de venir en exil ici”. Il l’explique par le manque de prestige de la fonction d’eurodéputé dans l’Hexagone: “On est considéré comme des spécialistes compétents dans un domaine marginal alors que les décisions les plus importantes sont prises ici. C’est fou”.

De fait, ces dernières années, le Parlement a gagné des pouvoirs toujours plus étendus, amenés à être renforcés en cas de ratification du Traité de Lisbonne.

Mais paradoxalement, ces pouvoirs sont encore largement méconnus ou ignorés par les élites politiques hexagonales. En témoigne la difficulté pour les eurodéputés français d’obtenir de leur gouvernement des consignes de vote sur certains textes clés. “Parfois, on me ballade d’interlocuteur en interlocuteur dans les ministères sans pouvoir me trouver de réponse. Les Allemands ou les Britanniques, eux, sont littéralement coachés par leurs gouvernements respectifs”, remarque un eurodéputé UMP sous couvert d’anonymat.

Quand les parlementaires nationaux se rendent à Bruxelles ou Strasbourg, “on a l’impression qu’ils visitent un zoo, une réserve”, estime par ailleurs Patrick Gaubert.

Il faut dire que souvent, dans les événements officiels en France, l’eurodéputé n’a pas de place au protocole aux côtés des députés et sénateurs et se trouve recalé “comme le dernier conseiller général d’un quelconque sous-canton…”, remarque Patrick Gaubert. Et d’ajouter: “Quand on vous demande ce que vous faites et que vous dites que vous êtes député européen, on vous répond ‘ah’ et on tourne les talons. Et pourtant, ce que je décide au Parlement européen, les mêmes députés et sénateurs sont obligés de l’entériner quelques années plus tard…”

Post scriptum : je ne suis pas seul à faire ce constat : cf l’article de mon confrère Jean Quatremer

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