Tout sourire, le président de France Télévisions Patrick de Carolis s’est félicité jeudi 25 juin des annonces que venait de faire Nicolas Sarkozy sur l’avenir de la télévision publique, s’estimant “conforté” dans sa stratégie. ”J’ai pu noter avec satisfaction que le soutien à notre ligne éditoriale a été clairement réaffirmé”, a benoîtement indiqué, entre autres, M. de Carolis.
Imaginez les patrons des chaînes publiques allemandes, de l’ARD ou de la ZDF, se féliciter de ce que la chancelière Angela Merkel approuve la ligne éditoriale qu’ils ont choisie. Ce serait tout bonnement un tollé dans un pays où, après les errements de Goebbels et de son Führer, toute inféodation des médias à la propagande du pouvoir en place est un tabou quasi inébranlable.
En France au contraire, on l’affiche ouvertement. On l’écrit dans ses communiqués officiels, on le confie devant les caméras, et on s’applique à sourire calmement, comme si de rien n’était… Faut-il croire que de c’est par souci de son avenir professionnel que le bonhomme se livre à de telles déclarations ? Car le président de la République vient de sortir, entre autres propositions-surprises, celle de faire désormais nommer le président de France Télévisions …par le gouvernement –et non plus par le Conseil supérieur de l’audiovisuel.
Faire nommer le président de France Télévisions par le pouvoir politique ? Cela n’a “rien à voir avec l’ORTF”, l’Office de Radiodiffusion-Télévision Française créé par le général De Gaulle en 1964, assure le patron du groupe UMP à l’Assemblée, Jean-François Copé, qui a dirigé ces quatre derniers mois la fameuse commission à l’origine de cette époustouflante réforme. Peut-être est-on loin de l’office de propagande gaullien, mais toujours est-il que le projet de M. Sarkozy présente une troublante similitude avec l’ORTF: son PDG était en effet nommé… en conseil des ministres.
“Il n’y a aucun risque de reprise en main”, assure pourtant sans ciller la ministre de la Culture Christine Albanel. Effectivement, il n’y a aucun risque puisque, à en juger par les déclarations de M. de Carolis, le président de France Télévisions n’a pas besoin d’en recevoir pour donner la fâcheuse impression d’être, de lui-même, aux ordres.
Et quel est l’intérêt d’un audiovisuel public privé de recettes publicitaires ? On pourrait penser qu’il s’agit d’abord pour Nicolas Sarkozy de faire des cadeaux aux bienveillants dirigeants de TF1 (ceux-là même qui avaient de leur plein gré accepté, en mai 2007, d’infiltrer le directeur de campagne du tout nouveau président en bonne position dans l’organigramme de la chaîne). Cela pourrait permettre d’augmenter la dépendance financière de l’audiovisuel public (que d’aucuns considèrent parfois comme un repaire de gauchistes) à l’égard du pouvoir. Alors autant que le poste de président de France Télévision devienne un poste franchement politique, au moins on saura exactement à quoi s’en tenir.
Pour compenser la suppression des recettes publicitaires (environ 450 millions d’euros la première année), Nicolas Sarkozy veut d’abord taxer les recettes publicitaires des chaînes privées à hauteur de 3%, soit quelque 80 millions d’euros. Etrange logique qui rend l’audiovisuel public dépendant des succès publicitaires… de la concurrence privée.
Il veut enfin -car il reste à trouver plus de 370 millions d’euros- taxer le chiffre d’affaires des opérateurs de téléphonie et d’internet à hauteur de 0,9%. Voilà une mesure difficile à justifier: quel profit ces opérateurs retirent-ils aujourd’hui de l’audiovisuel public pour qu’on vienne leur demander de passer à la caisse ?
Les intéressés en tout cas ne sont pas ravis. La Fédération française des télécoms, qui regroupe les opérateurs, a aussitôt qualifié cette taxe de “contre-productive” et d’”illégale”. Voilà qui promet de belles batailles juridiques.
[...]Sa réaction, le jour de l’annonce de la réforme de l’audiovisuel, était très policée. Mais le président de France Télévisions, Patrick de Carolis, s’est ressaisi [...]