La Commission européenne a adressé début juin un “avis motivé” à la France en raison de ses efforts insuffisants pour la protection du Grand hamster d’Alsace menacé d’extinction, et attend désormais “des résultats”, faute de quoi Paris sera traduit devant la Cour de justice de Luxembourg pour infraction à la législation communautaire (voir mon article du 6 juin dernier) Dans son avis motivé, dont nous avons pu obtenir copie, le Commissaire à l’Environnement Stavros Dimas déplore d’abord l’insuffisance et le flou des mesures jusqu’ici annoncées par la France.
Il regrette aussi que Paris n’ait fourni “aucun élément” sur le “renforcement des bonnes pratiques agricoles” en matière de lutte contre la pollution due aux nitrates en Alsace, alors que l’exploitation intensive du maïs dans la région pourrait valoir à la France une autre procédure pour infraction à la législation communautaire.
La remarque n’est pas hors sujet, car se conformer aux obligations imposées par la directive “Nitrates”, notamment celle de couvrir les sols en hiver (peu compatible avec la culture du maïs), permet en même temps d’aider le Hamster à passer la mauvaise saison à l’abri.
Mais la Commission émet surtout un avis sur l’étendue de la zone à protéger, l’un des enjeux majeurs des négociations en cours entre l’Etat et les associations de défense de l’Environnement.
La France a annoncé la création de trois “zones d’action prioritaire” d’environ 3.000 hectares au total dans lesquelles des contrats avec les agriculteurs devraient assurer un minimum de 22% de cultures favorables au hamster. Mais les discussions se poursuivent à l’échelle locale sur la délimitation d’une zone plus large de protection du hamster, que l’Etat cherche à délimiter au plus serré afin d’entraver le moins possible les projets d’aménagement.
Bruxelles souligne ainsi que cette zone correspondant au ”milieu favorable à l’espèce” doit bénéficier d’une “protection stricte, notamment en ce qui concerne d’éventuelles dérogations à l’urbanisation”.
Quant à sa superficie, Bruxelles a également des revendications claires: la délimitation de cette zone “doit s’appuyer sur la référence historique de présence de l’espèce basée sur l’année 1990″, soit un espace d’environ 70.000 hectares, estime la Commission européenne. En effet, “la référence basée sur l’année 2000 qui a été prise (par Paris) dans le plan d’action précédent couvre un espace trop limité et ne permet pas d’assurer que les mesures prises auront une ampleur suffisante pour permettre la sauvegarde de l’espèce”, précise la Commission européenne.
Certains pourraient soupirer en se disant que cette petite bestiole fait décidément couler beaucoup d’encre et d’huile dans les rouages bureaucratiques européens. Mais l’enjeu dépasse le Grand Hamster d’Alsace, rétorquent les autres. Car au-delà de ce sympathique rongeur et de son formidable potentiel en tant que mascotte touristique, ce sont aussi le maintien de la biodiversité et la qualité des eaux qui sont en jeu.
Grand hamster d’Alsace: ce que Bruxelles attend de la France
26 juin 2008 par 600mots
[...] Pour en savoir plus sur ce qu’attend la Commission, lire l’article paru le 26 juin. [...]