Quelque 28* chefs d’Etat et de gouvernement sont attendus les 3 et 4 avril au sommet de l’Otan de Strasbourg, Baden-Baden et Kehl. La capitale alsacienne sera en état de siège du jeudi 22h00 au samedi 16h00, avec quelque 30.000 à 60.000 manifestants de quelque 500 collectifs de 23 pays attendus pour un contre-sommet. Interdictions de stationner le long de certains axes, entraves à la liberté de circulation et obligation pour des milliers d’habitants des deux zones rouge et deux zones orange d’être en permanence munis de leur badge spécial Otan et de leur carte d’identité….
Les autorités n’auront pas lésiné sur les mesures de sécurité.
Côté allemand, 14.600 policiers ainsi que 600 soldats et personnels civils de l’armée seront mobilisés, ont annoncé depuis longtemps les autorités allemandes. Samedi, le ministère français de l’Intérieur vient de lâcher le chiffre de …4.400 CRS et gendarmes mobiles, auxquels s’ajouteraient 200 membres des unités d’élite de la police et de la gendarmerie. Ou alors les Français tirent vraiment bien leur épingle du jeu en ne fournissant qu’un quart des forces de l’ordre mobilisées, ou alors ils ne disent pas tout… dans la bonne vieille tradition du secret d’Etat, très cultivée de ce côté-ci du Rhin**.
Le ballet des chefs d’Etat et de gouvernement aurait d’ailleurs pu être cantonné à Kehl et Strasbourg, mais il a fallu rajouter Baden-Baden, à la suite d’un caprice du chef de l’Etat français, indique une source allemande bien informée. Ce dernier trouvait incongru l’idée proposée par la chancelière allemande Angela Merkel d’organiser un dîner de gala dans une grande tente au bord du Rhin. Non, il fallait bien un cadre un peu plus festif, a rétorqué l’Elysée, et c’est pourquoi les Allemands ont été contraints de revoir leur copie et de leur proposer de déplacer une partie du sommet dans la ville thermale de Baden-Baden, un peu plus “classe” que la rive allemande du Rhin à Kehl.
Autre absurdité: la mise en place d’une zone rouge et d’une zone orange avec barrages filtrants autour de la cathédrale pendant la durée du sommet, qui ne servira au final qu’à une rencontre des first ladies et à un entretien bilatéral entre Nicolas Sarkozy et Barack Obama sous les ors du Palais des Rohan, en lieu et place d’un déjeuner des chefs d’Etat et de gouvernement qui a finalement été annulé. Rien que pour cela, des milliers de citoyens ont été badgés et auront du mal à quitter leur domicile ou à y accéder.
Mais la plus grande absurdité de ce sommet qui doit célébrer les 60 ans de l’Alliance atlantique, c’est bien de créer l’état d’urgence dans trois villes qui n’y sont a priori pas préparées, alors qu’il aurait sans doute été plus simple que ces messieurs-dame se rencontrent… à Bruxelles, au quartier général de l’Otan.
Mais non, on a préféré rapprocher l’Otan des gens, faire l’honneur à la population locale d’accueillir l’Otan. Selon les mots du maire (PS) Roland Ries, accueillir le sommet est “une chance” pour la ville et sa population. Cette dernière peste déjà contre les mesures de sécurité, les perturbations de circulation, subit les marchés annulés, les fermetures de commerces, de cabinets médicaux, la fermeture des écoles (22.000 élèves interdits de maternelle le vendredi) et de l’université (40.000 étudiants privés d’université pendant 10 jours) qu’impose la venue des grands de la planète… Sans parler des dégâts que risquent de causer dans la ville les contre-manifestations ! Nicolas Sarkozy et Angela Merkel voulaient faire un symbole en choisissant Kehl et Strasbourg. C’est réussi.
*Outre les délégations nationales des 26 Etats membres de l’Otan, participeront également à ce sommet celles de l’Albanie et de la Croatie, qui devraient officiellement faire leur entrée dans l’Otan à l’occasion du sommet.
**Additif du 30 mars: en visite à Strasbourg, la ministre française de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, a finalement parlé de quelque 10.000 forces de l’ordre côté français. C’est toujours moins que côté allemand, et sûrement encore sous-estimé par rapport à la réalité, mais c’est déjà un peu plus crédible…