
Drapeau "Pace" sur un balcon de Strasbourg
Vanessa, 27 ans, est membre du comité anti-Otan. Elle se promène depuis quelques jours dans les rues de Strasbourg avec un drapeau “PACE”, ces drapeaux de la paix arc-en-ciel, accroché autour du cou comme une cape.
Mais c’est curieux, quand elle se promène ainsi dans la rue, les policiers n’arrêtent pas de lui demander son identité. Même le journaliste qui, calepin en main, lui pose quelques questions dans le quartier de l’Esplanade (loin, très loin des zones rouges et orange mises en place à l’occasion du sommet de l’Otan) se voit exiger de présenter sa carte de presse.
Etrange pratique car en général un contrôle administratif d’identité ne peut être motivé que dans le cas d’un risque d’atteinte à l’ordre public, et il y a de quoi s’interroger sur le risque que peut bien faire peser un journaliste sur l’ordre public. Un confrère caméraman a eu des problèmes similaires.
Vanessa distribue aussi ses drapeaux à la population en échange de dons, dans les rues ou sur les marchés de la capitale alsacienne. Son rêve: les voir fleurir au maximum de balcons de Strasbourg. Mais quand elle s’installe sur les marchés, elle a droit a un joli cordon de sécurité d’une quinzaine de fonctionnaires de police autour d’elle, et seuls les quidams les plus courageux viennent vers elle.
Un de ses amis, Yannick, 36 ans, a accroché le drapeau arc-en-ciel à la remorque de son vélo, celle dans laquelle il promène son gamin.
“Je le ramenais de l’école à vélo la semaine dernière quand j’ai été stoppé sur une piste cyclable par un véhicule de police toutes sirènes hurlantes”, raconte-t-il. “Ils m’ont accusé d’avoir tenté de fuir. Mais je ne pensais pas que c’était pour moi qu’ils avaient déclenché les sirènes… Ils m’ont aussi dit que c’était illégal” d’arborer ce drapeau. Dans les 24 heures qui ont suivi, il s’est fait contrôler deux autres fois.
Toujours est-il que les drapeaux de la paix se vendent bien à Strasbourg. Vanessa et ses amis en ont écoulé un premier lot de 400 en quelques jours la semaine dernière. Un deuxième lot de 400 est en cours d’écoulement. Et un troisième lot de 400 a été commandé.
La raison de ce succès ? La médiatisation, la semaine dernière, des visites de la police chez des particuliers qui l’avaient affiché à leurs fenêtres. “Soit vous le retirez, soit on vous le retire”, auraient-ils dit au fils de Christian Grosse, militant communiste, qui l’avait accroché à sa fenêtre.
Devant le tollé suscité par l’affaire (la loi interdit aux policiers d’entrer au domicile d’un particulier sans mandat d’amener ou mandat de perquisition), la préfecture a affirmé n’avoir jamais “donné de consignes aux policiers” en ce sens.
Quant au maire de Strasbourg, Roland Ries, il a estimé que l’ordre intimé à des Strasbourgeois de retirer de leurs fenêtres le drapeau arc-en-ciel n’était “pas acceptable”.
Dont acte. Reste que Vanessa dit avoir eu vent d’autres intimidations, postérieures aux réactions de la préfecture et de la mairie. L’affaire est examinée mardi après-midi au tribunal administratif de Strasbourg.*
Additif : les directives se sont traduites, le vendredi du sommet, par une nouvelle pratique policière: au lieu de sonner chez les gens et de risquer de se casser le nez sur un citoyen conscient de ses droits, les policiers ont tout simplement… arraché eux-mêmes en catimini les drapeaux, au moins ceux qui risquaient de troubler la vue de MM. Sarkozy et Obama lors de leur entretien au Palais des Rohan. Motif invoqué par la police: “raisons de sécurité”. Ils auraient pu cacher des armes, a expliqué un porte-parole de la police.